Introduction : d’où vient le propos
|
Tout le monde est devenu écolo
C’est clair, le discours est rentré. D’une part la population est bien sensibilisée aux questions environnementales même si c’est encore très grossièrement, d’autre part la nécessité de faire mieux est acquise, malgré des discours confus et peu précis.
Chaque parti politique développe une tactique pour verdir son propos, sans pour autant changer ses priorités. C’est une adaptation marketing mais pas un changement d’axiome politique.
Les méfaits des pollutions sont désormais sensibles et plus vraiment contestés : la pollution de l’air, celles des aliments industriels et de l’eau, les changements climatiques etc. sans parler des malheurs des ours blancs.
Bref : la conscience … mais de quoi ?
Face à cela les entreprises, publiques ou privées, discourent et, même, agissent. Le slogan de la performance environnementale fonctionne. Les acteurs cherchent à se différencier par la “vertu écologique” Les uns par réalisme, les autres, plus rares sans doute, par conviction.
Le greenwashing bat son plein et ça marche
On confond tout
Les comportements changent également, mais à la marge. La bonne conscience de fermer les lumières en quittant la pièce efface l’usage massif du cloud, la voiture électrique (en réalité nucléaire en france) efface le CO2 des trajets aériens, le désir d’arbres eclipse le mitage des campagnes.
Comme les algorithmes productivistes restent inchangés, seuls les comportements de marges progressent. Le processus de destruction de la planète est au mieux ralenti. D’ailleurs “ce sont (toujours) les autres qui polluent le plus”
On est passé dans les institutions
Les élus écolos ont désormais gagné leur place dans les processus publics. Ils y sont reconnus pour leurs compétences et leur travail. Du coup, ils sont assimilés au monde politique, y compris par les adhérents de leur parti. Et, paradoxalement, ils sont perçus “comme les autres”, avis renforcé par des turpitudes marginales. Par ailleurs, les autres partis manipulant insolemment les mêmes algorithmes de vocabulaire, voter écolo “ça ne sert à rien”.
Si on était dépressif, la réussite électorale, relative, aurait signé la disparition de la spécificité politique.
En france, le parti écolo a échoué à exister différemment
Les rivalités et compétitions habituelles aux partis de pouvoir comme les négociations manoeuvrières ont évidemment atteint les structures politiques des écolos. La coopération issue des élections européennes n’a pas suffit à endiguer l’appropriation du parti par ceux qui s’en revendiquent.
Simultanément, la dégradation de la crédibilité des partis permet aux plus activistes de prendre le pouvoir. Dans ce cas, le purisme de circonstance et les exigences grandissantes détruisent l’esprit d’ouverture et d'universalité; les coopérateurs d’Europe Ecologie prennent le large et les nouveaux “ayatollahs” démotivent, voire excluent, les “moins purs”. Les micros partis, sans avenir, fleurissent, les captures par d’autres mouvements se nourrissent de lassitudes et de la volonté d’agir, “pour de vrai” de ceux en situation d’être aux affaires.
Un désastre électoral répétitif
Tous ces éléments, avec un fort mouvement de dégagisme national, la crainte de voir la candidate du front national arriver au pouvoir, l’habileté ainsi que le charme viril et juvénil du candidat Macron à la présidence de la république ont détruit non seulement l’hypothèse d’échapper à un vote utile mais même d’exister dans le panel de déroutes.
La fabrication d’une alliance avec le candidat de la primaire du PS, lui même peu soutenu par ses pairs, n’a pas permis de lui insuffler le charisme nécessaire à porter un programme de bonne facture.
Voilà donc venu le moment de se reconstruire.
Pourquoi maintenant ?
|
La confusion des priorités
Si tout le monde se croit devenu écolo, il reste du chemin à faire pour la compréhension de ce que cela représente. Nous sommes assez loin du précepte de Spinoza - Ni rire, ni pleurer, ni haïr, mais comprendre - aussi faut il continuer à questionner, mettre en relation et jauger. Couper le jet d’eau en se brossant les dents n’efface ni les km en 4X4 diesel, ni l’usage de désherbant.
Le discours politique habituel est désormais celui de la bonne conscience écologique : on colle une vignette sur le pare brise, sanctionne Volkswagen mais repousse la fermeture des centrales nucléaires et ratiboise des hectares de forêts pour un aéroport ou une voie routière inutile. La permanence et la reconstitution des sujets de luttes en sont le témoin.
Enfin, toujours dans la confusion, les niveaux de débat, de résistance ou d’action sont peu compris par nos contemporains. Ainsi la question de l’hébergement d’urgence est bien du domaine de l’état, celle de l’urbanisme de la collectivité locale, du social du département, des mobilités de la région. Raisons suffisantes pour installer des élus écologistes à tous les niveaux. Penser global, agir local reste plus que jamais indispensable.
La demande de la jeunesse d’une autre démocratie
Les nuits debouts et autres tentatives de démocraties directes représentent une aspiration forte alimentée tant par un niveau d'éducation évident que des capacités de communication démultipliées.
Notre démocratie représentative souffre lourdement de son incapacité à réagir à cette demande et s’englue dans des réponses institutionnelles alors que l’urgence de faire société grandit.
Après le vecteur de la lutte des classes, celui de la libération des moeurs puis des égalités, la sauvegarde de la planète et un co développement peuvent mobiliser des énergies et surtout permettre des projets partagés, ce qui ferait communauté !
Nos contemporains s’investissent dans les mouvements associatifs, pour faire bouger la proximité, par pragmatisme mais aussi parce cela dégage du résultat et de l’empathie. Les mouvements politiques se vident.
L’incompréhension du phénomène Daech
A la lueur des mouvements post 1968, on aurait pu s’attendre à un mouvement de type ”brigades rouges” L'explosion des inégalités, le blocage de "l'ascenseur social” auraient pu provoquer une réaction sociale. On l'attendait locale, politique ou syndicale et classique, ce sera la lutte civile mondiale!
Tout cela parce que l'échelle de la rapacité économique est devenue planétaire, ses effets suivent pareillement. Ce n'est donc ni une solution guerrière, ni une réponse monétaire qui pourrait résoudre la crise et neutraliser son acteur insaisissable et renaissant.
Qui comprend, analyse et propose des changements planétaires ? Ni les états-nations, ni les mouvements politiques issus du XIXème siècle. Qui propose de changer profondément l'économie et de la mettre au service de l'humanité et de son milieu ? Qui lutte depuis longtemps contre les nationalismes et le colonialisme, y compris sous sa forme économique ?
L’urgence pour la planète
à développer.
En France, le choc des présidentielles
Les présidentielles françaises sont à peine achevées que l’on a déjà oublié que le risque majeur c’était Marine le Pen et que pour y échapper nous étions prêts à concéder le pouvoir au "moins pire”. Cependant, le risque demeure malgré les divisions internes du FN. Les causes profondes persistent et s’amplifient : le territoire se désagrège, les inégalités explosent, l’ascenseur social est depuis trop longtemps en panne, les espoirs de progrès social s’éteignent, la peur du déclassement grandit.
Le choc a été rude, sera t il salutaire ? Pour l’organisation partisane ? pour la mobilisation citoyenne ?
Parallèlement, la violence jupitérienne, motivée par une confusion profonde, trouble le pays. La confusion c’est de croire que l’efficacité est une philosophie politique. Cela masque, volontairement ou non, la finalité de l'action politique. Cette question de la finalité est l'essentiel du fondement des philosophies politiques.
Le trouble c'est de ne pas se résigner à fabriquer des inégalités pour améliorer le “sort commun”, dont on sent bien qu'il n'est pas si commun que prétendu.
Face à cette nouveauté, l'efficacité pragmatique suivant l'immobilité et l’énervement, il n'y a pas d'alternative politique. Un revanchard contre sa propre famille qui gesticule avec un indéniable talent et une totale absence de programme ne sauvera pas la gauche et un jeune loup qui tente de marier vieille droite autoritaire et populisme bourgeois pour exister face à un “nouveau” centre.
Ce nouveau centre c'est l'absence de politique mais une vision réaliste des enjeux et un cynisme de haut vol accompagné par des opportunistes et des ambitieux.
Tout cela pousse Ies partis, habitués à travailler au compromis, à la léthargie, parfois à la compromission, mais ne règle rien. Le pays n'est pas un conseil d'administration et la planète n'a rien d'un marché.
Le temps de répit avant les municipales
Les européennes sont déjà perdues car le changement, habile, de périmètre électoral favorisera les partis nationaux, la plupart d'entre eux étant déliquescents celui du président l'emportera.
L'écologie, pensée globale, a toujours été forte sur les scrutins locaux, la cible est donc celle des municipales de 2020 puis les départementales et les régionales.
Deux petites années avant les échéances, donc à peine dix huit mois pour monter un programme mais une bonne année pour refonder priorités et argumentaires.
La question de la productivité
|
Ecologues, historiens et autres scientifiques sont clairs : les causes du dérèglement climatique et de la disparition de les biodiversité proviennent de l'industrialisation, via l'exploitation des énergies carbonées, les hyper-mobilités, les extensions urbaines, l’obsolescence programmée.
Il apparaît donc incompatible à ne pas s’attaquer au productivisme pour être écologiste et responsable. Si la fabrication, et la destruction, de richesse est un facteur de dynamisme économique, au sens comptable, il reste que cela sous entend un “territoire de jeu” extensif. Or il n’en est rien, la planète est finie et, depuis trop longtemps, “s’use” désormais plus vite qu’elle ne se renouvelle.
L’illusion de la réponse technique à cet enjeu, comme celle de l'énergie nucléaire, est évidemment aussi absurde que celle de la “re-terraformation” de la planète. Nul ne peut se mettre en extériorité de son propre environnement. C'est comme scier la branche sur laquelle on se tient.
Un dispositif qui, d’une part, produit trop en détruisant son cadre et en occupant de moins en moins de personnes et, d'autre part, génère une fraction grandissante de l'humanité privée de fonction (le travail) dont la seule vocation serait de consommer biens et services pour alimenter la croissance.
Après le syndrome de l'individu au service de la machine, désormais on fabrique l'homme comme cancer de son milieu : surconsommant les ressources de sa planète sans autre nécessité que de produire de l'inégalité. Évidemment cette compréhension du mouvement en cours, et en accélération, oblige à réinterroger notre civilisation capitaliste et anthropomorphe à l’excès.
Seule l'écologie politique tient ce discours, les autres mouvements sont soit sur “tant que ça dure” soit sur "on va corriger à la marge ” Les écologistes, eux, proposent une mutation civilisationnelle.
L’Europe et la planète
|
Le traumatisme des deux derniers conflits mondiaux a justifié une vision pacifiée de l'Europe. Tant mieux ! De la peur de la guerre on en est venu à découvrir la coopération, surtout économique, touristique et culturelle. Les pays se sont ouverts, on aurait dû s'attendre à des évolutions sociales, politiques, judiciaires mais tout cela s'est arrêté à la coopération économique et technique.
Pour beaucoup cela suffit, le profit est encaissé, le reste n'importe pas.
L’état nation résiste, grâce à son antériorité et à sa capacité à organiser la société. De ce fait chaque pays cherche à imposer son modèle à l'ensemble. Evidemment plus un pays est ancien, plus il est organisé, voire bureaucratique, plus sa position est rigide. La construction européenne en est bloquée.
Cet état de fait amène les exécutifs nationaux à verrouiller la commision pour éviter les "dérives” c'est à dire les évolutions. L'immobilisme au service de la peur !
Face à cela, l'augmentation des inégalités et les déceptions des nouvelles populations arrivants dans l'union poussent ces dernières à opter pour des alternatives populistes, autoritaires et nationalistes.
Nous sommes loin de l'espoir de la fin du siècle passé. La solution la plus évidente serait le fédéralisme mais les écologistes sont quasiment les seuls, du moins en France, à défendre cette idée.
La nation et les “autres”
|
Pour exister, pour fabriquer un véhicule de valeurs communes certains prônent la nation comme identité (menacée, pour eux, évidemment). Cette recette populiste conduit, bien sur, à la violence. Les écologistes, comme tous les démocrates, ne peuvent cautionner un tel subterfuge non seulement malhonnête mais également régressif.
Cependant la tentation de freiner les migrations, essentiellement des pauvres, sous prétexte de réguler, est grande car le prix électoral de la vérité sur le sujet fait basculer des majorités. Le courage de la chancelière lui est coûteux.
L'histoire démontre sans difficulté ni ambiguïté que le développement des civilisations repose sur leurs capacités à s'ouvrir et à intégrer les sociétés "étrangères". Raison supplémentaire,à côté de l'humanisme minimum, pour accueillir les migrants et profiter des différences afin de faire fructifier la vie sociale.
Les valeurs de l'écologie politique sont sur ce sujet, celles de l'universalité, de l'humanisme sans frontière, en cela l'ancrage républicain progressiste (à gauche) est constant.
En conclusion : il faut redémarrer
|
Face à cette solitude dans le monde politique il apparaît clairement que si l'un ou l'autre des partis croise les priorités écologistes sur un point ou l'autre, aucun ne couvre le champ dans des proportions suffisantes. Il y a un besoin d'écologie politique !
Si dans tous ces domaines l'action associative est non seulement efficace mais aussi indispensable, il reste que les associations n'ont ni vocation, ni capacité à se substituer à la politique.
La vie associative est séductrice pour un engagement clair et libéré des ambiguités, généralement les vocations associatives sont ciblées, et c'est là un gage d'efficacité. Néanmoins elles ont besoin de relais dans la vie institutionnelle c'est la fonction politique et les élus écologistes sont plus que d'autres porteurs de valeurs et projets partagés avec de nombreuses associations, mouvements sociaux et humanistes.
La dispersion dans l’activisme ou la mise en avant de spécificités thématiques, culturelles, doctrinales, générationnelle ou territoriale est mortelle pour la nécessaire action collective. Le pari de l’écologie politique ne sera gagné que si l'intégrisme fait place au rassemblement. Il y a urgence c’est la raison pour laquelle il faut aller “au front” groupé, pour le changement immédiat même progressif, le grand soir sera trop tard. Construire la confiance suffisante pour que le consensus constructif se fasse sans crainte ni risque de compromission.
Si le fédéralisme est la seule piste européenne, c’est aussi la seule piste pour les écologies politiques, dont les divisions sont souvent obscures et picrocholines. Rassemblons tous les mouvements, toutes les situations locales, les sensibilités sous une seule bannière pour peser sur l’avenir des sociétés, de la planète et de l’humanité. Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas compliqué à comprendre.
Ce qui nous rassemblera
|
Pour justifier notre existence et notre aspiration à “être aux affaires” il faut, clairement parler de nos priorités différentes des autres et préciser les fondamentaux.
Voilà qui tombe bien, c’est ce qui nous rassemble qui va permettre le rebond, sans doute collectif.
à débattre
Atteindre, vite, un équilibre entre la planète et l’humanité
à développer.
Considérer que l'intérêt collectif est prioritaire sur la propriété individuelle
à développer.
Intégrer dans l’universalité les principes de fraternité, d’égalité et de justice et donc sa déclinaison dans la justice
à développer.
Respecter et protéger les acquis, coutumes, langues, des territoires, des ensembles humains, surtout s’ils sont minoritaires
à développer.